Habillée de nuances brunes et orangées, la roche porte le paysage. Elle est creusée par le temps et semble avoir conservé la chaleur des rayons du soleil.
Elle accueille les formes nettes, anguleuses et parfois coupantes d’une bâtisse industrielle. Deux étages d'acier habités par la rouille sont traversés par un immense mât dont l'ombre semble compter les heures. Il soutient la construction, dépasse les toits et se prolonge jusqu’à une antenne ornée de haut-parleurs qui dialoguent avec le vent.
Un filet semblable à ceux que l’on installe autour des chantiers délimite le bord de la plateforme du premier étage. On y voit des bouteilles d’eau, des packs de bière et quelques légumes stockés dans des cagettes. Les traces ordinaires d’une routine là où rien ne l'invite. Quelqu’un est venu jusqu’ici.
Sur les tôles inclinées, la bruine glisse jusqu’à un potager timide où des plants de tomates épousent leurs tuteurs. Un peu plus haut, sur des planches greffées à l’ossature, des fûts guettent la pluie. Dans cet univers de ferraille, la nourriture vient d’une poignée de terre suspendue au-dessus du vide.
Voisine de ces cultures, une grande cuve arbore sur sa paroi la peinture d'une tête d’extraterrestre aux yeux verts et globuleux. Telle une figure apotropaïque, elle veille sur ses réserves. Son regard nous suit.
Deux tableaux sont accrochés au flanc oxydé de la construction. Serti dans un cadre à la feuille d’or, le premier capture l'élégance presque irréelle de quelques oiseaux blancs. Le second exhibe un trophée de chasse impossible : la gueule d’un dinosaure faussement naturalisé. Une dépouille dressée comme un avertissement aux espèces qui se croient éternelles.
Presque à la hauteur de l’antenne, une éolienne de fortune déploie ses pales rafistolées. Elles portent encore quelques traces d’un bleu turquoise qui rappelle la couleur des mers tropicales. Elle tourne peut-être encore lorsque le vent caresse la roche.
Un vieux moteur thermique a été raccordé à son mât, sans doute après une trop longue période de calme plat. Lorsque le souffle vient à manquer, le moteur doit prendre le relais. Une énergie en remplace une autre. Tout ici se tient, tout ici est soudé.
La roche, le métal et le vent ne forment plus qu’un seul paysage. Témoins de nos passages, ils portent nos traces. Depuis le début, c’est lui, l’Observateur.

L’Observateur / IDF2068 – 2026
Techniques mixtes, 66x22x17 cm
Échelle 1/35ème













































