Série principale — depuis 2018

Initiée en 2018, IDF2068 imagine une Île-de-France devenue inhabitable. Son titre renvoie à une projection proche : celle d’un territoire rendu non viable d’ici cinquante ans, à la suite des alertes environnementales et climatiques formulées au cours des années 2010. Mais très vite, la série dépasse l’anticipation pour devenir une observation du présent.

Car dans l’univers d’IDF2068, l’effondrement n’appartient pas au futur. Il est déjà visible dans les marges du réel. Habitat précaire, territoires abandonnés, véhicules devenus refuges, mobilier urbain détourné, objets de survie improvisés, friches envahies par la végétation ou territoires saturés de déchets : autant de fragments qui composent déjà notre quotidien contemporain.

Né et vivant en banlieue parisienne, Simon Laveuve puise directement dans l’environnement urbain qui l’a vu grandir. Tours d’habitation, zones industrielles, infrastructures brutalistes, terrains vagues et architectures périphériques deviennent la matière première d’un territoire fictif profondément ancré dans le réel. D’abord centré sur l’Île-de-France, le projet s’est progressivement élargi jusqu’à proposer une vision plus universelle de nos sociétés contemporaines et de leurs fragilités.

À travers ses sculptures miniatures, réalisées principalement à l’échelle 1/35, Laveuve construit des architectures de survivance : abris improvisés, structures suspendues, phares délabrés, bunkers, commerces précaires ou structures autonomes semblant osciller entre refuge, résistance et abandon. Chaque pièce fonctionne comme le fragment d’un monde plus vaste, habité par des présences invisibles dont les traces demeurent partout.

L’univers d’IDF2068 se nourrit également de références populaires et cinématographiques. Le titre lui-même évoque les projections futuristes du cinéma de genre, de New York 1997 à 2001 : L’Odyssée de l’espace, où lieux et temporalités deviennent les supports d’une fiction politique ou sociale. Graffitis, affiches, musique urbaine, culture punk, rap, science-fiction ou iconographie populaire traversent discrètement les œuvres comme des vestiges culturels persistants.

Certaines formes reviennent d’ailleurs de manière récurrente, jusqu’à devenir des signatures : pneus abandonnés, mobilier de récupération, structures de fortune ou encore la chaise en plastique blanche, omniprésente dans le corpus. Figure silencieuse de l’absence humaine, elle devient à la fois trace, attente, contemplation et symbole de persistance.

À travers IDF2068, Simon Laveuve développe une œuvre située entre dystopie et observation documentaire, où la ruine n’est jamais totalement synonyme de disparition. Malgré l’effondrement apparent, quelque chose subsiste toujours : une lumière, une végétation, un abri ou la possibilité fragile d’habiter encore le monde.