Il vit là, sur cette paroi.
Un bloc dressé comme une mâchoire minérale, planté dans la pierre avec l’obstination d’un vestige.

Là, sur cette masse rugueuse que rien ne semblait devoir humaniser, un arbre a pris. Miracle, patience, sûrement les deux. Ses racines ont exploré les failles, se sont insinuées dans la roche comme des veines dans la chair. Alors la pierre est devenue cellule, traversée de fibres, la pierre est organisme.

Là, autour du tronc, dispersés comme les fragments d’un rêve pétrifié, des gargouilles aux gueules ouvertes, des stèles dressées, des statues aveugles. Des cercueils entrouverts et des ornements inachevés entourent silencieusement l'enclume de leurs desseins plantée dans la poussière blanche.

On comprend que l’on fabrique ici.
On comprend aussi que l’on y termine.
C’est un atelier, peut-être un seuil.

La demeure du graveur s’enfonce à demi dans le roc, comme si elle hésitait entre surgir et disparaître. Sa porte d’acier en marque l’entrée, froide, lourde et épaisse, comme une isolation vers l'au-delà, ornée de ronces sculptées, vestiges gothiques d'un romantisme enivrant.

Là, de chaque côté, deux hautes fenêtres de cathédrale flamboyante laissent brûler la lumière à travers des vitraux qui peignent la vie. Des silhouettes en mouvement, des scènes de naissance, des mains qui se tendent, des corps qui se racontent.

Là, dans cet espace où tout semble figé, le graveur ne parle pas, il inscrit et la pierre se creuse.
Elle devient nom, date puis mémoire.
Elle devient rite, passage puis vie.



Le Graveur D’Épitaphe / Les Étoiles – 2026
Techniques mixtes, 52x33x22 cm
Échelle 1/35ème

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