.Chaos poétique

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Des bateaux en apesanteur, des tracteurs aux couleurs psychédéliques, des habitats volants peuplés d’inquiétantes silhouettes, l’univers de Simon Laveuve surprend par sa singularité. Humour et désolation se côtoient dans d’habiles joutes plastiques. Mais ses créations mises en relief par un travail photographique minutieux s’articulent parfaitement avec les humeurs du moment, gagnant en liberté formelle au fil des expérimentations, entre nostalgie, désespérance et utopie.

Au gré des sculptures-maquettes, le temps comme l’espace se dilatent, creusant des silences de plus en plus profonds, du vide et des territoires inexplorés, au point de devenir une vision du genre humain, imaginée ou future, énigmatique. Simon Laveuve puise dans les bas-fonds des villes avec assurance et impertinence pour renouveler sans cesse des combinaisons complexes. Une étrange atmosphère se répand, mélange de chaos et de gravité, tandis que ruines et hameaux illuminent son travail. Il dépose avec une infinie précaution et un art certain du détail chaque sujet, chaque mouvement, chaque frottement intime. De l’exubérance, de la hargne, du romantisme, enrichissent, c’est selon, des paysages abstraits faussement improvisés et soigneusement mis en scène dans un rapport à l’espace sciemment déroutant. Une farandole de formes et de couleurs, entre moments suspendus et tensions, ne semblent pouvoir aboutir qu’à une explosion de violence. Simon Laveuve parcourt un champ des possibles dissonant, intemporel et fragile à la fois.

Masses aériennes, ses dioramas s’imposent entre interrogations sur les lieux et les signes, brutalité du propos et délicatesse du trait. Leur langage unique, faisant assaut d’élégance muette, passe de l’agression à la douceur dans un mélange inventif de sauvagerie et de beauté qui joue sur un équilibre ténu entre geste, manifeste, et représentation d’un macrocosme d’une noirceur magnifique. Elles empruntent des formes diverses, obéissant à une exploration aventureuse mais cohérente, mêlant harmonieusement le familier et le rêve, les ténèbres et la lumière. On y devine le temps sublimé. On y sent l’expérience de la vie, de la douleur sans doute, une incantation murmurée, et un long détour pour parvenir à cette expression pleine d’émotions. Sans pour autant donner les clés pour en percer les mystères.

Simon Laveuve dessine ce théâtre miniature avec une distance impériale, des décors impeccables, des personnages aux aguets comme si aucune voix d’ailleurs ne pouvait venir les distraire de leur occupation. Ses questionnements inspirent sa démarche. Il raconte une histoire tel un promeneur traçant son sillon, construisant une narration en observant à dessein ses contemporains. Excès d’une société de consommation essoufflée, tags et pubs sur les murs, objets du quotidien, loisirs et plaisirs, environnement hostile ou nature généreuse s’entrecroisent et dialoguent. Tout à la fois chimériques et matérielles, ses sculptures-maquettes sont les partitions d’un monde polyphonique fait de fureur, de silence et d’amour.

Bernadette Caille